Le Vietnam attire chaque année de nouvelles entreprises étrangères, qu’il s’agisse de groupes industriels, de sociétés de services, de PME exportatrices ou de startups souhaitant développer leur présence en Asie du Sud-Est.
Pour beaucoup d’entre elles, une question apparaît rapidement : faut-il créer immédiatement une société au Vietnam ou commencer par une solution de portage salarial pour recruter une première personne sur place ?
Les deux approches répondent à des besoins très différents.
La création d’une entité locale offre davantage d’autonomie et devient généralement logique lorsqu’une activité commerciale durable se développe. Le portage salarial (souvent désigné par le terme anglais Employer of Record ou EOR) permet au contraire de disposer rapidement d’une équipe locale sans créer immédiatement sa propre structure juridique.
L’enjeu n’est donc pas d’identifier une solution systématiquement meilleure que l’autre, mais de déterminer laquelle correspond au niveau de maturité du projet.
Le Vietnam continue d’attirer les investisseurs étrangers
La question de l’implantation prend d’autant plus d’importance que le Vietnam s’est imposé comme l’une des économies les plus dynamiques d’Asie du Sud-Est.
Le pays bénéficie de plusieurs tendances structurelles : croissance de son industrie manufacturière, diversification des chaînes d’approvisionnement internationales, développement de la consommation intérieure et multiplication des investissements dans les infrastructures.
D’après Vietnam News du 3 septembre 2026, les investissements étrangers décaissés au Vietnam ont atteint 17,25 milliards USD sur les huit premiers mois de 2026, soit +12 % sur un an et le niveau le plus élevé sur cette période depuis cinq ans. Les investissements étrangers enregistrés atteignent 40,63 milliards USD, +55,4 %.
Cette dynamique encourage naturellement davantage d’entreprises internationales à envisager une présence locale. Mais entre vendre ponctuellement au Vietnam et y créer une véritable organisation, plusieurs étapes intermédiaires sont possibles.
Avant de créer une société : comprendre son objectif au Vietnam
La première question devrait être relativement simple : Pourquoi avons-nous besoin d’une présence au Vietnam ?
Une entreprise souhaitant recruter un business developer pour tester le marché n’a probablement pas les mêmes besoins qu’un industriel qui prévoit de louer un entrepôt, facturer des clients locaux et recruter vingt personnes.
Une société étrangère peut rechercher une présence au Vietnam pour :
- développer ses ventes ;
- trouver et suivre des distributeurs ;
- recruter un responsable commercial ;
- coordonner des fournisseurs ;
- effectuer des visites d’usines ;
- contrôler une production ;
- développer une équipe technique ;
- gérer des projets régionaux ;
- créer une activité commerciale permanente.
C’est généralement la nature de ces opérations qui doit déterminer la structure juridique choisie.
Le portage salarial au Vietnam : de quoi parle-t-on exactement ?
Le principe du portage salarial international ou EOR est relativement simple.
Une entreprise étrangère souhaite recruter une personne au Vietnam, mais ne possède pas encore de structure juridique locale.
Elle travaille alors avec une société vietnamienne spécialisée qui devient l’employeur légal du salarié.
Le prestataire local prend généralement en charge le contrat de travail, la paie et une partie des obligations administratives liées à l’emploi.
L’entreprise étrangère conserve de son côté la gestion opérationnelle du collaborateur : missions, objectifs, management, reporting et intégration dans l’organisation internationale.
Ce dispositif doit donc être compris comme une solution de recrutement local sans création immédiate d’entité, et non comme une société virtuelle permettant de réaliser toutes les opérations possibles au Vietnam.
Pour approfondir cette différence, ce guide consacré au portage salarial au Vietnam détaille notamment le fonctionnement de l’EOR, la gestion de la paie, les obligations liées à l’emploi et les principaux cas d’utilisation.
Quand le portage salarial est-il particulièrement pertinent ?
L’EOR trouve principalement son intérêt lors des premières étapes d’un développement international.
Prenons l’exemple d’une PME française vendant des équipements destinés aux industriels.
Elle reçoit régulièrement des demandes au Vietnam et pense que le marché possède un potentiel intéressant. Mais elle ne réalise encore que quelques ventes par an.
Créer immédiatement une société, recruter un directeur, mettre en place une comptabilité et gérer une administration locale peut être prématuré.
L’entreprise pourrait plutôt commencer par recruter un responsable commercial local via un EOR.
Pendant six ou douze mois, cette personne peut rencontrer des prospects, développer des distributeurs et aider la société à déterminer si le potentiel commercial justifie une implantation plus importante.
La logique est alors : tester → apprendre → développer → structurer.
La structure juridique vient après la validation commerciale, plutôt qu’avant.
Une solution intéressante pour les équipes achats et sourcing
Le même raisonnement existe dans l’industrie.
Une entreprise européenne qui développe progressivement ses achats au Vietnam peut avoir besoin d’un premier employé local chargé de :
- visiter les fournisseurs ;
- suivre les productions ;
- coordonner les commandes ;
- maintenir la relation avec les usines ;
- résoudre les problèmes opérationnels.
Si l’entreprise ne compte qu’un ou deux salariés au Vietnam, la création d’une entité complète n’est pas nécessairement prioritaire.
L’EOR peut alors servir de structure intermédiaire jusqu’à ce que le volume d’activité justifie une organisation autonome.
Comment les entreprises étrangères devraient-elles préparer leur entrée au Vietnam ?
La création d’une structure juridique ne doit pas être confondue avec une stratégie de market entry. Avant d’investir, il est important de comprendre le marché, de déterminer quels partenaires seront nécessaires et d’évaluer le niveau de présence réellement requis.
Dans cette discussion consacrée à l’entrée sur le marché vietnamien, les intervenants reviennent notamment sur les choix auxquels font face les investisseurs étrangers et sur l’importance de ne pas confondre opportunité de marché et nécessité de créer immédiatement une structure locale.
Cette distinction est fondamentale. Une société peut avoir besoin de collaborateurs au Vietnam bien avant d’avoir besoin d’une filiale vietnamienne.
Quels sont les principaux avantages du portage salarial ?
Une implantation plus rapide
Créer une société nécessite différentes démarches administratives.
Une solution d’EOR peut permettre de recruter plus rapidement un premier collaborateur, notamment lorsque l’entreprise possède déjà le candidat qu’elle souhaite intégrer.
Pour une société qui veut commencer à tester le marché sans attendre la mise en place d’une structure complète, cette flexibilité représente un avantage important.
Moins de coûts fixes au démarrage
Une entité juridique entraîne des coûts qui ne se limitent pas à sa constitution.
Il faut ensuite gérer :
- comptabilité ;
- déclarations fiscales ;
- administration ;
- paie ;
- conformité ;
- obligations réglementaires ;
- rapports et documents annuels.
Ces dépenses peuvent parfaitement se justifier avec cinq, dix ou vingt employés.
Avec un seul salarié chargé d’explorer un nouveau marché, la situation est différente.
Une façon de tester un marché
Le portage salarial peut également permettre de conserver une certaine réversibilité.
Si, après douze mois, le marché ne se développe pas comme prévu, une entreprise évite d’avoir créé une structure dont elle doit ensuite organiser la fermeture.
À l’inverse, si les résultats sont encourageants, l’EOR peut devenir une première étape avant la constitution d’une filiale.
Le portage salarial possède aussi ses limites
La simplicité du modèle ne doit pas faire oublier ses contraintes.
Plus une équipe locale grandit, plus le coût récurrent du service devient important.
À partir d’un certain nombre de salariés, gérer directement son équipe via sa propre structure peut devenir économiquement plus cohérent.
Mais la question financière n’est qu’une partie du sujet.
Une entreprise qui commence à développer des opérations significatives peut également avoir besoin de :
- signer certains contrats localement ;
- émettre des factures vietnamiennes ;
- disposer de comptes bancaires professionnels locaux ;
- louer directement des locaux ;
- obtenir certaines licences ;
- réaliser des importations ou opérations commerciales ;
- construire une organisation locale indépendante.
Un EOR n’a pas vocation à remplacer indéfiniment une véritable entité opérationnelle.
Quand créer une société au Vietnam ?
La création d’une société devient généralement beaucoup plus logique lorsque l’entreprise a déjà validé son marché.
Il existe plusieurs signaux.
L’entreprise génère déjà un chiffre d’affaires significatif au Vietnam
Si le pays devient un véritable marché et non plus une simple expérimentation, disposer d’une entité locale facilite généralement le développement à long terme.
Cela permet notamment de structurer les opérations, les équipes et certaines relations commerciales.
Le nombre d’employés augmente
Un premier recrutement peut facilement être géré par un prestataire.
Lorsque l’entreprise commence à disposer de plusieurs fonctions – commercial, administration, achats, ingénierie, management – construire sa propre organisation devient progressivement plus pertinent.
Des investissements locaux deviennent nécessaires
Louer des installations, développer un atelier, gérer un stock ou mettre en place une activité industrielle suppose naturellement une réflexion juridique plus approfondie.
Le portage salarial n’est alors plus le sujet principal.
L’entreprise prévoit de rester durablement au Vietnam
Le facteur temps est également important.
Une société qui envisage une présence de plusieurs années doit comparer le coût d’une structure locale au coût cumulé des différentes solutions externalisées.
Portage salarial ou société : comparaison pratique
| Critère | Portage salarial / EOR | Société locale |
|---|---|---|
| Démarrage | Généralement rapide | Plus structurant |
| Investissement initial | Limité | Plus important |
| 1er recrutement | Très adapté | Possible mais structure parfois disproportionnée |
| Équipe importante | Devient moins intéressant | Généralement plus adapté |
| Test de marché | Très adapté | Moins flexible |
| Administration RH | Largement externalisée | Principalement à gérer par l’entreprise |
| Facturation locale | Limitée selon la structure | Oui, selon activité et licences |
| Présence à long terme | Solution transitoire possible | Plus adaptée |
| Contrôle de la structure | Plus limité | Plus important |
| Sortie du marché | Relativement simple | Plus complexe |
Cette comparaison reste volontairement générale. Les implications juridiques, fiscales et réglementaires doivent être analysées selon l’activité précise de l’entreprise.
Et le bureau de représentation ?
Entre l’EOR et la société commerciale existe parfois une autre possibilité : le bureau de représentation.
Cette structure peut convenir à certaines entreprises souhaitant établir une présence institutionnelle au Vietnam sans développer directement une activité génératrice de revenus localement.
Un bureau de représentation peut notamment servir à :
- maintenir des relations commerciales ;
- effectuer certaines recherches de marché ;
- coordonner des activités ;
- représenter la maison mère.
Mais ses possibilités commerciales restent limitées.
Il ne faut donc pas choisir cette structure simplement parce qu’elle semble plus légère qu’une société.
Il faut vérifier qu’elle correspond réellement aux opérations qui seront réalisées.
Attention au faux freelance
Certaines entreprises étrangères choisissent une autre solution en apparence très simple : recruter un « consultant indépendant » au Vietnam et le payer directement depuis l’étranger.
Cette méthode peut être parfaitement appropriée lorsqu’il s’agit véritablement d’un prestataire indépendant.
Elle devient plus problématique lorsqu’une personne :
- travaille à temps plein pour une seule société ;
- possède un manager ;
- suit les horaires de l’entreprise ;
- utilise ses outils ;
- reçoit des instructions quotidiennes ;
- occupe dans les faits un poste permanent.
Le titre inscrit sur le contrat ne suffit pas nécessairement à déterminer la nature réelle de la relation.
Lorsqu’une personne fonctionne dans les faits comme un salarié, mieux vaut étudier une véritable structure d’emploi plutôt que de choisir uniquement la solution administrativement la plus simple.
Le véritable coût doit être calculé sur 12 à 36 mois
Comparer uniquement le coût de création d’une société avec les frais mensuels d’un EOR peut donner une vision trompeuse.
Une meilleure approche consiste à construire plusieurs scénarios.
Scénario 1 : un salarié pendant 12 mois
Une entreprise veut simplement tester le Vietnam avec un business developer.
Le portage salarial peut être particulièrement cohérent.
Scénario 2 : trois salariés et croissance progressive
La comparaison devient plus intéressante.
Il faut calculer les frais d’EOR sur plusieurs années et les confronter au coût de création, de comptabilité et de fonctionnement d’une société.
Scénario 3 : dix salariés, chiffre d’affaires local et bureaux
La création d’une structure locale devient généralement beaucoup plus naturelle.
Le facteur déterminant n’est donc pas seulement le coût du premier mois, mais la trajectoire probable de l’entreprise au Vietnam.
Prévoir la transition dès le départ
L’une des meilleures pratiques consiste à réfléchir à la sortie de l’EOR avant même de commencer.
Une entreprise peut par exemple définir :
- Phase 1 – 0 à 6 mois : étude du marché et premiers clients ;
- Phase 2 – 6 à 18 mois : recrutement de 1 à 3 personnes via EOR ;
- Phase 3 – 18 à 24 mois : décision d’investissement ;
- Phase 4 : création d’une société et transfert progressif des salariés.
Bien entendu, toutes les entreprises n’atteindront pas la quatrième étape.
C’est précisément l’intérêt du modèle.
La société n’est créée que lorsque l’activité justifie réellement cette décision.
Il n’existe pas de seuil universel
Faut-il créer une entreprise à partir de deux salariés ? Trois ? Cinq ?
Aucun chiffre ne peut répondre à cette question pour toutes les sociétés.
Une entreprise technologique avec deux ingénieurs hautement qualifiés et plusieurs millions d’euros de contrats locaux peut avoir intérêt à disposer rapidement de sa propre structure.
Une entreprise industrielle peut, à l’inverse, conserver trois coordinateurs de production via une solution externalisée pendant plusieurs années si elle n’effectue aucune vente locale et utilise le Vietnam principalement comme base de sourcing.
Les experts doivent donc analyser le modèle économique avant de recommander la structure.
Quelle approche privilégier pour une PME étrangère ?
Pour une entreprise qui découvre encore le Vietnam, une approche progressive est souvent la plus rationnelle.
Avant de créer une société, elle peut commencer par :
- évaluer le potentiel du marché ;
- rencontrer des clients, distributeurs ou fournisseurs ;
- définir les fonctions qui nécessitent réellement une présence locale ;
- recruter éventuellement un premier collaborateur via une solution de portage ;
- mesurer les résultats pendant plusieurs mois ;
- créer une structure lorsque l’activité devient suffisamment prévisible.
Cette méthode permet de dissocier deux décisions qui sont trop souvent prises simultanément :
« Le Vietnam représente-t-il un marché intéressant pour notre entreprise ? »
et
« Avons-nous besoin d’une société vietnamienne ? »
La réponse à la première question peut parfaitement être oui alors que la réponse à la seconde reste temporairement non.
Créer une société ou utiliser le portage salarial : une question de maturité
Le Vietnam offre aujourd’hui suffisamment d’opportunités pour justifier une présence locale dans de nombreux secteurs : industrie, technologies, énergie, équipements, services professionnels, santé, sourcing ou biens de consommation.
Mais une opportunité économique ne signifie pas qu’il faille immédiatement créer une filiale.
Pour une entreprise qui souhaite tester le marché avec une ou deux personnes, le portage salarial peut offrir une transition intéressante entre une gestion entièrement depuis l’étranger et une véritable implantation.
Lorsqu’une équipe grandit, que les revenus locaux deviennent réguliers, que des investissements sont nécessaires et que le Vietnam devient une composante durable de la stratégie asiatique, la création d’une société prend davantage de sens.
La décision devrait donc rarement être formulée comme un choix définitif entre deux modèles.
L’objectif n’est finalement pas de créer une structure le plus rapidement possible, mais de disposer de la bonne structure au bon moment.








